American Beauty

★★★★☆ Excellent — « Très bon film, à revoir »
Année
1999
Réalisateur
Sam Mendes
Genre
Drame Comédie dramatique
Pays
États-Unis
Scénario
Alan Ball
Acteurs
Kevin Spacey, Annette Bening, Thora Birch, Mena Suvari
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Synopsis

Lester Burnham, cadre de banlieue en pleine crise existentielle, décide de tout envoyer balader. Il quitte son travail, se met à fumer de l’herbe avec son voisin adolescent, fantasme sur la meilleure amie de sa fille et commence à soulever de la fonte dans son garage. Sa femme Carolyn, obsédée par les apparences et la réussite, le trompe avec un agent immobilier concurrent. Autour d’eux, leur fille Jane et le fils du voisin militaire, Ricky Fitts, documentent caméra au poing l’effondrement d’un rêve américain en carton.

Analyse

American Beauty est un gros fuck. Un gros fuck adressé à tout : au rêve américain, aux conventions sociales, au conformisme de banlieue, à la famille nucléaire, au culte de la réussite, à l’idée même qu’il existerait une manière correcte de vivre sa vie. Le film de Sam Mendes — son premier, ce qui est assez sidérant — prend cette façade immaculée de la middle class américaine, la pelouse tondue, la palissade blanche, la voiture dans l’allée, le dîner familial silencieux, et la fait exploser de l’intérieur avec une jubilation féroce.

Le pétage de câble de Lester Burnham est le cœur vibrant du film. Kevin Spacey y est absolument magistral : on voit un homme qui a passé vingt ans à se conformer, à se taire, à se rétrécir pour entrer dans le moule que la société lui a assigné, et qui décide un matin que c’est terminé. La scène du fast-food est d’une brutalité jubilatoire — cet homme en costume-cravate qui balance sa carrière pour retourner des burgers, non pas par nécessité mais par choix, comme un acte de résistance existentielle. Et la scène où il découvre que sa femme le trompe, cette confrontation conjugale où toute la fiction du couple éclate, est d’une violence émotionnelle qui prend aux tripes. Le génie du film est de ne jamais tout à fait prendre parti : Lester est à la fois libéré et pathétique, héroïque et ridicule, et c’est cette ambiguïté qui fait que le film résonne différemment pour chacun.

Car c’est bien ce qui rend American Beauty si singulier : il parle à tout le monde, mais pas de la même façon. Selon l’endroit où l’on se trouve dans sa propre vie — jeune, vieux, en couple, esseulé, conformiste, révolté — on ne voit pas le même film. Pour certains c’est une comédie noire sur la crise de la quarantaine, pour d’autres une méditation sur la beauté cachée dans le quotidien, pour d’autres encore un réquisitoire contre l’hypocrisie bourgeoise. Il y a quelque chose à apprendre dans ce film, c’est certain, mais ce quelque chose est intime, personnel, impossible à formuler de manière universelle. C’est un film qu’il faut voir et se laisser prendre, sans trop chercher à intellectualiser sur le moment — et que je devrais sans doute revoir pour en extraire toute la substance, parce que je pressens qu’il contient davantage que ce que j’en ai retenu. Le scénario d’Alan Ball, avec sa voix off venue d’outre-tombe et son regard à la fois tendre et impitoyable sur l’Amérique des suburbs, mérite qu’on y revienne. Certains films marquent au fer rouge dès la première vision ; American Beauty est de ceux qui s’installent plus lentement, qui travaillent en silence, et dont l’impact se mesure à ce qu’ils changent en nous bien après le générique.