Apocalypse Now
Synopsis
Cloîtré dans une chambre d’hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d’alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l’état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.
Analyse
Très impopulaire, la guerre du Vietnam (1964-1975) d’Apocalypse Now est celle de la folie : le capitaine Willard insomniaque se blesse en frappant son reflet au début du film, l’assaut sur fond de Wagner pour libérer les meilleurs spots de surf, les compagnons de route du héros qui se maquillent, se droguent, abusent des fumigènes et perdent rapidement le contrôle d’eux-mêmes et de la situation malgré tous leurs efforts. Les américains reproduisent le schéma de la conquête de l’Ouest : le colonel Kilgore porte un chapeau de cavalerie, on sonne le clairon (Wagner), seuls les hélicoptères ont remplacé les chevaux et les vietnamiens les indiens. Le paysage paisible et vierge (la forêt, les tigres, la jonque) contraste avec la violence du napalm, des avions de chasse, des massacres. La critique est acerbe envers les militaires américains montrés comme violents, belliqueux, ivres de pouvoir voire même déments. Des militaires surarmés et complètement désorganisés qui semblent perdus dans un conflit qu’ils ne comprennent pas et qui les terrorise. Le napalm clôt le combat déjà gagné, le lance-grenade tue le dernier Viêt-Cong dont les ultimes gémissements parviennent depuis le champ de bataille, on vide les chargeurs dans les arbres ou le fleuve au moindre son… D’ailleurs, le héros ne lutte même pas contre l’ennemi communiste mais bel et bien contre l’ennemi américain c’est-à-dire qu’il y a une prise de conscience même de l’armée qu’elle devient son propre ennemi. Les massacres de Viêt-Cong ne sont que dégâts collatéraux dans le combat intrinsèque de l’armée américaine. On sent tout le long du film une vraie distinction entre les chefs militaires qui malgré des actes barbares gardent une certaine lucidité stratégique et une efficacité tactique alors qu’on découvre des marines complètement à bout de nerfs, instables et manipulables. Le capitaine Willard passe la plus grande partie du film à remonter le fleuve, celui du Vietnam mais aussi celui de l’esprit. Il remonte peu à peu aux sources et redécouvre ses origines (nature, sexualité, force). Il perd au fur et à mesure de son épopée homérique presque tous ses compagnons qui cèdent chacun à leur tour physiquement et mentalement aux épreuves traversées. L’aboutissement de ce voyage l’amène dans le royaume du colonel Kurtz qu’il va devoir éliminer pour pouvoir prendre sa place. Un colonel dont les prises de vue évoquent clairement l’embrassement des ténèbres, la posture de mi-dieu mi-bête. Suite à sa victoire et sur le point de lui aussi devenir une divinité païenne, Willard préfère quitter ce monde de l’inconscience et ramener le récit de la vérité symbolisé par le dossier rédigé par le colonel Kurtz à la réalité.