Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Synopsis
Après une rupture douloureuse, Joël découvre que son ex-petite amie Clémentine a fait effacer tous ses souvenirs de leur relation grâce à une procédure médicale expérimentale proposée par la clinique Lacuna Inc. Blessé et désemparé, il décide de subir le même traitement. Mais au fur et à mesure que ses souvenirs s’effacent pendant son sommeil, il réalise qu’il ne veut pas la perdre et tente désespérément de la préserver quelque part dans les recoins de sa mémoire, luttant contre une machine qui démantèle méthodiquement tout ce qu’ils ont vécu ensemble.
Analyse
C’est un film que j’ai du mal à juger sévèrement parce qu’il est sincère dans sa démarche et plutôt réussi dans son exécution, mais dont je garde un souvenir étrangement flou — ce qui, d’une certaine ironie, colle parfaitement avec son sujet. Jim Carrey dans un registre dramatique, c’est ce qui m’a le plus marqué. On oublie parfois, derrière le masque élastique du comique, qu’il est capable d’une sensibilité rare, d’une vulnérabilité qu’il n’a que trop peu l’occasion de montrer. Charlie Kaufman, avec son écriture labyrinthique et son goût pour les structures narratives éclatées — on lui doit aussi Being John Malkovich et Adaptation —, lui offre ici un personnage taillé pour cette mélancolie contenue, cet homme ordinaire qui se débat dans l’extraordinaire de sa propre psyché.
Le concept de l’effacement mémoriel est fort, incontestablement. On pense aujourd’hui à Black Mirror, à ces épisodes comme The Entire History of You ou Be Right Back qui explorent des territoires similaires avec la technologie comme catalyseur de la souffrance intime. Le film de Gondry avait une longueur d’avance sur cette veine de science-fiction émotionnelle, et il faut lui reconnaître ce mérite de précurseur. La mise en scène, avec ses décors qui s’effondrent et ses souvenirs qui se dissolvent en temps réel, traduit visuellement quelque chose de très juste sur la façon dont la mémoire fonctionne — par fragments, par associations, par effilochements successifs.
Et pourtant, malgré tout cela, le film ne m’a pas laissé une empreinte assez profonde pour que je puisse honnêtement rejoindre le chœur de ceux qui le considèrent comme un chef-d’œuvre de sa décennie. Je me souviens que c’est un peu triste, que c’est touchant par endroits, que la boucle finale où les deux protagonistes choisissent de recommencer malgré tout a quelque chose de beau. Mais cette beauté reste théorique, conceptuelle — elle m’a convaincu sur le papier plus qu’elle ne m’a ému dans le ventre. Le sentiment tenace que la hype autour de ce film dépasse l’expérience réelle que j’en ai eue persiste, et je préfère l’honnêteté de cet aveu à l’adhésion de circonstance. Un bon film, un vrai bon film même, mais un peu surcôté à mon goût.