Affiche de Gran Torino

Gran Torino

★★★★★ Incontournable — « À voir absolument, a changé ma vie »
Année
2008
Réalisateur
Clint Eastwood
Genre
Drame
Pays
États-Unis
Scénario
Nick Schenk
Acteurs
Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her
Vu le
2012-10-07
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Synopsis

Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée, raciste et irascible, vient de perdre sa femme. Une nuit, il surprend Thao, un de ses jeunes voisins, en train d’essayer de voler sa Ford Gran Torino 1972, dans le cadre d’une épreuve imposée par le gang qui veut le recruter. Cet événement fera évoluer les rapports du jeune homme et sa famille avec M. Kowalski.

Analyse

Walt Kowalski vénère sa Gran Torino, symbole d’un succès automobile américain fordiste perdu, dépassé par les voitures asiatiques. L’homme d’origine polonaise se contemple dans un passé révolu de l’Amérique « européenne ». Abandonné par sa famille (sa femme est décédée, son fils veut le mettre en maison de retraite, l’incompréhension de sa petite-fille qui se fait des piercings) et poursuivi par la mort (l’enterrement de sa femme au début du film, le prêtre qui veut le confesser, sa santé vacillante, ses bilans médicales peu encourageants…), il devient un homme aigri, raciste et renfermé sur lui-même. De l’autre côté, le jeune vietnamien Thao vit dans le feu de l’action avec une famille nombreuse et active (une naissance durant le prologue) ainsi que ses cousins qui l’entrainent dans des mauvais coups : il se fait prendre la main dans le sac à essayer de voler la Gran Torino. Thao a une dette envers Walt et se met à travailler pour lui. Walt parvient à dépasser sa xénophobie et découvre une culture différente dans laquelle il retrouve ses valeurs. Il devient le père initiateur du jeune homme et lui enseigne les valeurs occidentales : la morale chrétienne (respecter les personnes âgées), la propriété privée (les outils seront déduits de la paye), la valeur du travail, le couple (la scène de la drague), la place de l’homme dans la société. Représentant d’une classe moyenne américaine qui se sent envahie, Walt découvre chez ces asiatiques dont il se méfie une richesse qu’il n’avait pas chez lui et devient le défenseur de cette nouvelle Amérique face à ses démons intérieurs (les afro-américains, une minorité déjà intégrée donc symbolisant une nouvelle forme de racisme). Petit à petit, Walt dépose les armes : il mime le pistolet avec la main, une arme invisible qui effraye bien plus ses ennemis. Il meurt assassiné par ces noir-américains, cette allégorie de l’Amérique divisée, communautaire et violente. Il sauve ainsi la famille Hmong par la même occasion et embrasse le modèle du héros justicier américain qui se bat pour la liberté et la cause juste : une victoire spirituelle (la main non armée, la justice) malgré une défaite physique (la vieillesse, les balles). Finalement, il y a comme un passage de flambeau qui se met en place entre un père et un fils adopté symbolisé par le lègue de la Gran Torino : les valeurs qu’il incarne transcendent leur cadre générationnelle. Alors que ses véritables enfants semblent incapables d’incarner ces valeurs, ces néo-américains d’adoption sont aptes à les sauvegarder. Pour beaucoup, ce film est une sorte de chant du cygne de Clint Eastwood qui rachète son passé de films violents et qui à 78 ans commence curieusement une carrière de réalisateur.