Seven
Synopsis
Dans une ville pluvieuse et anonyme, l’inspecteur Somerset, vétéran blasé à quelques jours de la retraite, est associé au jeune et impulsif inspecteur Mills. Ensemble, ils enquêtent sur une série de meurtres macabres où chaque victime incarne l’un des sept péchés capitaux. Le tueur, méthodique et cultivé, semble toujours avoir un coup d’avance dans sa sinistre mise en scène. L’enquête, de plus en plus oppressante, entraîne les deux inspecteurs dans une spirale dont l’issue ne laissera personne indemne.
Analyse
Extraordinaire, il n’y a pas d’autre mot. Seven est sans doute l’un des meilleurs films de Fincher, peut-être même son chef-d’œuvre — ce qui, dans une filmographie qui compte Fight Club, Zodiac et Gone Girl, n’est pas un compliment qu’on distribue à la légère. Le film possède cette qualité rare des grandes œuvres : il monte en puissance du début à la fin sans jamais faiblir, sans jamais offrir de répit, aspirant le spectateur dans un mouvement irrésistible vers une conclusion qu’on pressent terrible sans pouvoir en deviner la forme exacte.
L’atmosphère est proprement suffocante. Il y a quelque chose de Gotham City dans cette ville sans nom, perpétuellement noyée sous la pluie, où tout est gris, sale, suintant, dépravé. Fincher et son directeur de la photographie Darius Khondji ont créé un univers visuel dont on n’a tout simplement pas envie de faire partie. On est enfermé avec Somerset et Mills dans cet espace urbain asphyxiant, et on cherche désespérément un soupçon de lumière, un rayon de soleil, une ouverture quelconque dans cette boîte étouffante. Les scènes de crime sont des tableaux d’horreur gravés dans la mémoire — l’homme attaché au lit depuis un an, réduit à l’état de chose vivante pour figurer la paresse ; l’obèse forcé de manger jusqu’à ce que son estomac éclate pour incarner la gourmandise. Chaque péché est mis en scène avec une cruauté méthodique qui dépasse le simple gore pour atteindre quelque chose de quasi médiéval, de théologique.
Et puis il y a Kevin Spacey. Son monologue — « Innocent ? » — prononcé avec un calme glaçant, donne au tueur John Doe une dimension que peu d’antagonistes atteignent au cinéma : celle du fanatique lucide, du prophète qui croit sincèrement accomplir une œuvre divine. Mais le véritable coup de génie du film est spatial, presque architectural. Pendant près de deux heures, on est comprimé dans cette ville-prison, ces intérieurs sombres, ces ruelles détrempées, et quand enfin le récit nous emmène hors de la ville, dans un paysage ouvert, baigné de lumière naturelle, on respire. Pour la première fois, on sort de la boîte. L’air est frais, le ciel est dégagé, et on se surprend à espérer. Sauf qu’une autre boîte arrive — un simple carton de livraison — et c’est elle qui ramène toute l’horreur de la ville dans cet espace enfin ouvert. Le twist final de Fincher est dévastateur parce qu’il détruit le seul espoir que la géographie du film avait accordé : celui de s’en sortir en s’éloignant. La ville comme prison morale, et la morale — celle de John Doe — qui vous rattrape même quand vous croyez lui avoir échappé.