Shining

★★★☆☆ Bon moment — « Agréable, facile à regarder »
Année
1980
Réalisateur
Stanley Kubrick
Genre
Horreur Thriller
Pays
États-Unis, Royaume-Uni
Scénario
Stanley Kubrick, Diane Johnson (roman de Stephen King)
Acteurs
Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd
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Synopsis

Jack Torrance, écrivain en panne d’inspiration, accepte un poste de gardien d’hiver à l’hôtel Overlook, isolé dans les montagnes du Colorado. Il s’y installe avec sa femme Wendy et son fils Danny, doté d’un don de clairvoyance — le “shining”. L’isolement, l’immensité labyrinthique de l’hôtel et les forces obscures qui l’habitent vont progressivement faire basculer Jack dans la folie meurtrière, transformant le refuge hivernal en piège mortel pour sa propre famille.

Analyse

Shining est un film qu’on regarde aujourd’hui avec un étrange décalage. On connaît tout avant même de l’avoir vu : les jumelles dans le couloir, la marée de sang jaillissant des portes de l’ascenseur, le “Here’s Johnny!” de Nicholson fracassant la porte à coups de hache, le labyrinthe de haies enneigé, la chambre 237 et son horreur indicible. Ces images sont si profondément ancrées dans la culture populaire qu’elles semblent presque des clichés — sauf qu’elles ne le sont pas. Elles sont les originaux dont tout le reste n’est que copie.

C’est là le paradoxe fondamental de Shining : le film a inventé les codes du cinéma d’horreur moderne avec une telle puissance que ces codes ont été repris, déclinés, parodiés pendant quatre décennies au point de sembler aujourd’hui convenus. La lente descente dans la folie, l’espace domestique devenu hostile, l’enfant médium, le huis clos oppressant dans un lieu trop grand — tout cela est devenu la grammaire de base de l’horreur psychologique. Kubrick n’a pas seulement fait un grand film d’horreur, il a redessiné les contours du genre tout entier.

Le problème, c’est qu’un spectateur moderne, abreuvé de ces références, nourri de Hereditary, de The Haunting of Hill House, de tout ce que le genre a produit dans le sillage de Kubrick, ne peut plus regarder Shining avec les yeux de 1980. Le film a vieilli dans sa capacité à effrayer, non pas parce qu’il est mal fait — au contraire, la maîtrise formelle reste stupéfiante, chaque plan composé avec une rigueur géométrique obsessionnelle — mais parce que son vocabulaire visuel est devenu tellement familier qu’il a perdu son pouvoir de sidération. On reconnaît les mécanismes avant qu’ils ne fonctionnent, on anticipe les crescendos de terreur avant qu’ils n’atteignent leur sommet.

Il faut donc faire un effort conscient de décontextualisation pour apprécier Shining à sa juste valeur. Se rappeler qu’en 1980, personne n’avait jamais filmé la folie avec cette lenteur hypnotique, cette patience glaciale. Que le Steadicam suivant le petit Danny sur son tricycle à travers les couloirs interminables de l’Overlook était une invention visuelle sans précédent. Que Jack Nicholson, avec ce sourire carnassier et ces yeux exorbités, créait un archétype du mal domestique qui n’existait pas encore. Remis dans son contexte, Shining est sans doute révolutionnaire. Mais c’est un film victime de sa propre influence, condamné à paraître moins impressionnant précisément parce qu’il a tout changé.